 | Monsieur Pierre OLIJFF Chère Myriam, Chère Mira, Chers garçons,
Un méchant virus me rend contagieux pour quelques jours, aussi suis-je contraint de vous adresser mes condoléances par écrit, ce que je fais en puisant dans mes souvenirs.
Pierre et moi nous sommes rencontrés en 1981 (je suis devenu avocat au moment où il devenait juge), mais je le connaissais de réputation par maman qui avait travaillé longtemps comme infirmière puéricultrice avec son papa, dans les années cinquante - comme vous le savez, maman a quitté la puériculture pour devenir tenancière d’un bistro de village, mais n’y voyez aucun lien. Pierre nous épatait tous avec son immense érudition et son humour décoiffant, qui nous détournait de nos angoisses existentielles ; et oui, Myriam, les mezzés de Nikolaos étaient trop arrosés, mais nous pensions en avoir besoin pour tenir le coup dans le monde pas très beau qui se dévoilait dans notre métier. Mais ce par quoi Pierre m’a émerveillé, c’est par son infinie bienveillance, surtout à l’égard des plus malchanceux qui attendaient de nous des miracles que nous étions évidemment incapables d’accomplir. La bienveillance de Pierre ne se traduisait pas en paroles (la brièveté de ses jugements était légendaire, comme je l’avais chanté lors d’une revue), mais en actes : ses décisions sensibles et courageuses ont permis à des centaines, voire des milliers, d’enfants et de parents d’avoir eu une vie un peu moins éprouvante que celle qui leur était destinée. Je me souviens l’avoir vu chercher pendant des heures un hébergement pour une fillette égarée sous la neige, avant de renoncer aux procédures et me proposer de la recueillir pour quelques jours - qui sont devenus quelques mois, à notre grand bonheur d’ailleurs. Pierre aimait la vie et m’a aidé à la trouver belle, lorsque j’étais meurtri (ah! notre recherche du plus petit pub d’Angleterre à Bury—St-Edmuds, les fish&chips dans un vieux journal pour faire passer la bière, suivis des whiskies avec la Lord-Maire; les nombreuses étapes zythologiques pour revenir d’une formation en philosophie à Bruxelles, pendant que nos épouses attendaient, etc., etc.). J'ai eu beaucoup de chance de connaitre Pierre. Ce ne sont là que quelques photos-souvenirs que sors de ma besace, en espérant qu’elles pourront, un instant, vous distraire de votre chagrin. Je vous embrasse. Paul.
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